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Apprendre comme passage vécu

  • Photo du rédacteur: RIZOM
    RIZOM
  • 20 janv.
  • 3 min de lecture

Le pilote Mood Arc à l’European University Institute


Comment les étudiants restent-ils engagés lorsque les enseignements portent sur la migration, le changement climatique, la technologie ou la gouvernance planétaire ?


Comment maintiennent-ils leur orientation lorsque les questions dépassent les réponses disponibles ?


C’est dans ce contexte que le Mood Arc a été expérimenté à l’European University Institute (EUI), à l’automne 2025, par la professeure Kalypso Nicolaïdis, dans le cadre du Master of Arts in Transnational Governance (MTnG).


Plutôt que d’ajouter un outil d’évaluation supplémentaire, RIZOM a introduit une structure réflexive légère, conçue pour rendre l’apprentissage lisible comme une expérience.



Le Contexte


L'enseignement supérieur se situe de plus en plus à la frontière de l’incertitude. Les étudiants sont invités à naviguer dans l’abstraction, l’ambiguïté et la tension éthique, souvent à travers plusieurs disciplines et échelles.


Dans le même temps, les outils d’intelligence artificielle générative transforment les modes de production académique, soulevant des questions sur l’auteur, le jugement et la formation.


Le Mood Arc a été conçu en réponse à cette évolution. Il ne vise ni à encadrer l’usage des outils, ni à évaluer la performance. Son objectif est plus essentiel : préserver le mouvement intérieur de l’apprentissage.



Ce qui a été mis en place


Sur cinq sessions, les étudiants ont été invités à intervenir à deux moments :

  • en ouverture de séance, à travers une image ou une métaphore brève traduisant leur position

  • en clôture, en revenant sur ce qui avait évolué


Les réponses, anonymes, comptaient entre cinq et quinze mots et étaient soumises via QR code. Certains prompts étaient accompagnés d’œuvres issues de la collection ArtCentrica, d’autres de textes seuls. Chaque semaine, les étudiants recevaient un « Mood Album » anonymisé, reflétant l’imaginaire collectif du groupe.


La participation était volontaire et non évaluée.



Ce qui a émergé


Trois dynamiques se sont dessinées.


D’abord, un engagement immédiat et durable. Le faible seuil d’entrée et l’absence de jugement ont favorisé la participation, y compris lorsque les contenus devenaient plus exigeants.


Ensuite, une évolution des imaginaires en résonance avec les thèmes du cours. Les étudiants sont passés de métaphores de navigation et de traversée à des images d’écosystèmes et de régénération, puis à des formes d’appartenance portables, avant d’explorer des horizons et des seuils. Ce mouvement témoigne d’un traitement symbolique, et non d’une réponse mécanique.


Enfin, le pilote a révélé une dynamique claire de tension et de récupération. Lorsque des contenus très abstraits étaient associés à des supports visuels eux-mêmes abstraits, la participation chutait fortement. Le retour à des points d’ancrage plus concrets permettait de restaurer l’engagement, sans réduire l’exigence intellectuelle.


La cohérence apparaît ainsi comme un choix de conception, et non comme une simplification.



Enjeux pédagogiques


Le Mood Arc met en lumière une dimension souvent invisible dans l’enseignement supérieur : la formation dans la durée.


Plutôt que de demander aux étudiants s’ils ont appris, il permet d’observer comment leur compréhension évolue.


Il soutient :

  • une confiance dans la difficulté, en permettant de partager l’incertitude

  • une construction identitaire, sans assignation

  • une cohésion de groupe, notamment dans des promotions nouvellement constituées

  • un temps long de réflexion, préservé des logiques d’accélération et d’optimisation


Dans un contexte augmenté par l’IA, cela devient déterminant. Lorsque des productions abouties peuvent être générées rapidement, le risque est de contourner le processus de transformation. Le Mood Arc rend l’apprentissage perceptible à travers le changement, plutôt que la conformité.



Ce que cela suggère


Le pilote mené à l’EUI montre qu’un design symbolique minimal peut constituer un cadre robuste pour des apprentissages complexes.


Lorsque l’abstraction devient trop forte, la reprise passe par l’ancrage, non par l’explication. Lorsque les étudiants peuvent réviser leur position en sécurité, ils restent engagés plus longtemps dans la difficulté.


Cette approche se révèle particulièrement pertinente pour :

  • les environnements éducatifs confrontés à l’intégration de l’IA

  • l’éducation civique et politique

  • la pensée systémique

  • les programmes de leadership et de gouvernance


Elle ne remplace ni l’enseignement ni l’évaluation. Elle restaure orientation, continuité et présence, là où ces dimensions sont les plus fragilisées.



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